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Aujourd’hui,
malgré les défis sociologiques et culturels créés
par l’industrialisation et l’urbanisation de la
société syrienne ainsi que l’expansion des
idéaux d’un nationalisme traditionaliste et d’un
réformisme islamique, le soufisme en Syrie conserve toute
sa vitalité et montre des signes évidents de renouveau
interne et d’expansion. Il est certain que des zawiyas
et des pratiques soufies déclinèrent ou disparurent
purement et simplement sous l’influence grandissante des
idéaux séculaires et de l’Islam Salafi,
hostiles au soufisme. La nationalisation des awqaf (encadrements
religieux) par l’état détruit les bases
économiques de nombreuses activités soufies. Néanmoins,
de nombreuses zawiyas traditionnelles demeurent actives à
Alep et de nouvelles zawiyas virent le jour au cours des dernières
décennies, étendant les activités soufies
au contexte moderne par delà la vieille cité.
La permanence et l’expansion du soufisme à Alep
montrent qu’il n’y a pas de contradiction fondamentale
entre les croyances et les pratiques soufies et la modernité.
Bien plus, l’idée que le soufisme serait une tendance
religieuse marginale ou simplement un Islam populaire ne tient
pas en Syrie où ses rituels forment une large part de
l’expression publique de l’Islam et dont la doctrine
attire de nombreux adeptes dans toutes les couches de la société
syrienne. Le meilleur exemple de la place centrale qu’occupe
le soufisme dans l’Islam syrien est fourni par le sheikh
Ahmad Kuftaru, qui est à la fois le leader officiel de
l’Islam sunnite comme gran mufti de Syrie, et le guide suprême de l’ordre soufi
connu sous le nom de sheikh de la tariqa Naqshbandiyya Kuftariyya.
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LA ZAWIYA DU SHEIKH HABBOUSH
Le Sheikh Habboush a hérité du savoir
mystique de son père, lui-même sheikh soufi.
Il fut initié à plusieurs traditions mystiques,
mais les tariqas Qadiriyya et Rifa’iyya sont les
principales sources de son enseignement mystique et
de la structure rituelle de son dhikr. (rituel soufi,
litt : remémoration du nom de Dieu). L’influence
Rifa’i est perceptible à travers la présence
dans sa zawiya de broches d’acier utilisées
pour l’exécution du darab al’shish.
Bien qu’habilité par son initiation Rifa’iyy
à diriger le darab al’shish, il préfère
le plus souvent d’autres modes d’évaluation
des progrès de ses disciples dans la voie mystique. |
Sheikh Habboush sait transmettre l’extase mystique wajd
à son auditoire grâce à son charisme étonnant.
Son enthousiasme et sa passion se libèrent dans l’expression
jubilatoires de ses vocalises. Etre à la fois chantre
soliste (mounshid) et Sheikh est fort peu courant dans les traditions
initiatiques des confréries soufies de Syrie. A l’instar
des nombreuses confréries d’Alep, lieu de dévotion,
de formation et d’émulation pour les jeunes chanteurs,
il reçoit, un jour par semaine, ses adeptes, artisans
ou commerçants du souk.
Chaque mercredi soir les disciples et les adeptes se rassemblent
dans la zawiya située près de Bab al-Hadid, dans
la vieille ville d’Alep, afin de prendre part au dhikr..
Sa zawiya est une vaste maison traditionnelle du vieil, dans
le quartier des ferronniers. Autour de l’inévitable
patio central et de son bassin se trouvent les chambres où
logent ses quatre femmes et ses vingt trois enfants. Une grande
pièce rectangulaire couverte de tapis est consacrée
au rituel hebdomadaire : un concert spirituel (samaa) composé
de suites vocales d’anashids dinyia (chants mesurés),
de qaçidas et d’ibtihals (improvisations vocales
solistes) ;
Pendant le Sama, le sheikh Habboush chante des poèmes
mystiques à propos de l’amour de Dieu et du prophète.
Ces chants doivent imprégner l’auditoire des émotions
favorables aux états mystiques qui rapprochera de Dieu.
Le sheikh Habboush est versé dans l’art du inshad
(chant mystique) et sa faculté à captiver son
auditoire grâce à la beauté de son chant,
le pouvoir de sa voix et l’originalité de sa performance
sont célèbres dans tous les cercles soufis d’Alep.
Puis le dhikr, scansion répétitive du nom de Dieu
sur un ostinato progressant par degrés jusqu’à
la transe, accompagné de percussions, douff et cymbales
tous les participants se lèvent et entament la partie
finale du dhikr, exécutant des mouvements d’avant
en arrière et psalmodiant Allah au son des tambours et
des cymbales. Le dhikr prend ainsi fin et le sheikh Habboush
fait un sermon. Des sucreries et du thé sont servis aux
participants en témoignage de l’hospitalité
du sheikh. Après une petite conversation et un dernier
message du sheikh, les participants quittent la zawiya pour
regagner leurs foyers convaincus d’avoir renoué
leurs liens avec le divin.
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Formation
:
Sheikh Habboush - chanteur
Abdul Kader Masarani - munshid
Hasan Altnji - munshid
Ali Akil Sabah - munshid
Zakaria Mahyeddin - munshid
Julien Jâlal
Eddine Weiss - qânun, direction artistique
Mohamed Qadrî
Dalal - Ud (luth)
Adel Shams el-Din - riqq (percussion)
Mohamed Yahya - Derviche Tourneur
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